« Il faut que la peinture serve à autre chose qu’à la peinture » Matisse
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Eloge du slow

L’indignation est dans l’air du temps.
Il faut s’indigner et résister.

S’indigner du rapport pathologique que nous entretenons avec le temps. Nous vivons depuis si longtemps dans trop d’urgences et d ‘exigences. Parce qu’il a toujours fallu aller plus vite, plus haut, plus fort et plus grand, et car il est humain de croire dans l’intensité  de la croissance.
S’indigner de  l’intensité qui a remplacé le mystère et la quête d’éternité. Il n’y a plus de temps mort.
Mais voilà, aujourd’hui, nous, et le système dont nous sommes les auteurs, sommes à bout de souffle. La démesure et la précipitation empêchent la profondeur des choses et étouffent leur changement.  Il est temps de prendre conscience que nous avons oublié de nous sentir des êtres vivants, il est temps de prendre conscience à quel point ces valeurs d’un monde libéral que nous avons construit et attaché à la performance et aux évaluations chiffrées, nous ont fatigués.
Il est temps de quitter cette angoisse qui nous tenaille et qui nous rend aveugle et sourd à ce qui vibre en nous.

Et pour résister, il faut ralentir.
Pour ralentir, il faut prendre le temps, prendre son temps. Oser se donner un temps mort, un temps pour l’éternité, un temps pour le mystère, pour le désir et la connaissance de soi.
Car il est tout autant humain de désirer ce qui ne sert à rien, de désirer se sentir vivant grâce à cet espace  de temps qui nous fait penser que nous perdons notre temps.
L’art, et la peinture en particulier, nécessitent un regard, une distance et du temps.
Il faut apprendre à se laisser emporter, à lâcher prise, avant ce moment de grâce, espéré et incertain.
Il n’est jamais trop tard pour apprendre l’humilité et l’intranquilité de laisser le temps passer ; creuser, sillonner et laisser une emprunte. L’œuvre, le travail ne se fait pas sans cette persévérance.
Il faut oser aller vers un chemin inconnu, pouvoir s’émerveiller d’imprévus et de surprises, les accueillir dans son ouvrage.

Introduire l’art en entreprise, c’est accorder une plus grande écoute aux salariés et à leur créativité. C’est  se tourner vers leur humanité, reconnaître leur singularité. C’est offrir aux salariés un moment de pause, pour reposer le travail, le ralentir  et puiser dans les ressources créatives de chacun. Leur offrir une chance d’atteindre un moment de grâce, de mystère et d’éternité.
Ne faudrait-il pas parier sur l’idée de prendre des moments pour soi, oublier d’être avant tout efficace, pour justement l’être plus ?
Si la notion de bien-être en entreprise est devenue un indicateur, et se retrouve au cœur des préoccupations, alors c’est qu’il est temps de ralentir et reposer, il est temps d’exister autrement que dans l’urgence et le rythme fou dans lequel nous nous sommes fourvoyés.

Il est possible de vivre et travailler mieux ensemble.

Delphine Epron novembre 2011

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